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L’humanité célèbre chaque le 24 Janvier, la journée mondiale de la culture africaine et afrodescendante « JMCA ». A Bukavu, les cultures locales traversent une période de fragilisation profonde, marquée par les effets de la modernité, de la mondialisation et d’un manque de politiques culturelles structurées.

Les habitudes culturelles ont drastiquement changé. La pratique de transmission des valeurs culturelles au sein de la famille et de la communauté a presque disparu. Les langues locales, les contes, les proverbes, les rites et les valeurs sociales, la musique traditionnelle, les danses, et l’artisanat qui constituaient un socle commun sont relégués au second plan.

Des groupes culturels locaux se battent pour préserver et promouvoir les expressions malgré les multiples défis que subissent les cultures.  Le conservateur culturel Shakulwe Konda fustige le fait que les cultures locales soient détruites par l’arrivée des colons et les missionnaires blancs.

« Plusieurs personnes ont oublié leurs origines, identités et se reconnaissent aujourd’hui dans les cultures étrangères. Nos langues ne se parlent plus, nos dieux ne s’adorent plus, les gens sont désormais acculturées », s’indigne ce conservateur culturel.

Pour lui, les langues comme le Mashi, le Kirega et bien d’autres langues reculent progressivement. Le swahili s’impose comme langue de communication dominante, tandis que le français reste associé à l’école, à l’administration et à l’élite.

« Chez les jeunes, beaucoup comprennent la langue de leurs parents, mais ne la parlent plus couramment. Cette situation créée une rupture intergénérationnelle, où la transmission de la sagesse, des valeurs et de la mémoire collective devient difficile » dit-il. 

Le secrétaire honoraire de la chefferie de Buhavu, M. Styno Saro Kabumba, regrette que les langues locales, richesse et le patrimoine culturel, disparaissent à petit feu.

« Cela est lié dans la plupart de cas au fait de vouloir abandonner notre culture au profit des cultures étrangères et particulièrement les cultures occidentales cela au nom de la modernisation », renchérit notre source. 

Mudagi Zola, un autre conservateur culturel, garde espoir et montre que malgré ces défis, des dynamiques positives émergent. Il encourage des radios comme Uwezo Média qui diffusent aujourd’hui des contenus culturels tout en mettant un accent sur plusieurs cultures locales.

Des festivals, des initiatives communautaires et des projets artistiques tentent de reconnecter la jeunesse à son patrimoine. Néanmoins il regrette le fait que les jeunes se désintéressent de leurs appartenances culturelles, c’est qui constitue, selon lui, un frein à la propagation des identités africaines.  

La préservation et valorisation des cultures locales doivent, soutient-il, passer par l’intégration de la culture dans l’éducation, le soutien aux artistes, la création d’espaces culturels et la valorisation médiatique des expressions locales.

« Les cultures locales ne sont ni mortes, ni dépassées, elles sont en transition. Leur avenir dépend de la capacité collective à les reconnaitre comme une richesse vivante, porteuse de sens, d’identité, et d’espoir pour les générations futures », renseigne-t-il.

Ces conservateurs culturels, soutiennent que l’intégration de l’enseignement des langues locales dans les écoles, l’organisation des visites dans des sites culturels et la promotion des pratiques d’acceptation culturelle, peuvent contribuer à revaloriser les cultures locales.

David BYADUNIA.  

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